L'Allée des mûriers

  Allée des mûriersAllée des mûriers
Ci-dessus à gauche, hier. À droite, aujourd'hui (vue opposée).
 
Au XVIIIe siècle, le monastère est la plus grande Chartreuse du royaume. Elle abrite plus d’une centaine de personnes. Les moines entreprennent des travaux de rénovation, tant dans leurs bâtiments que dans leurs jardins. Dans ce contexte ils cherchent à développer des cultures leur assurant un certain revenu, comme les ormeaux et les mûriers.
L’allée des mûriers est une création du 17e siècle. Un siècle plus tard, elle force l’admiration d’un voyageur qui la décrit «composée de quatre rangs de colonnes et de grands mûriers entremêlés ensemble». Elle fait actuellement l’objet d’un projet de restauration.
 
Les mûriers : Arbre indispensable à la culture du ver à soie, le mûrier est largement planté en France à partir du 17ème siècle, quand Colbert encourage la création de magnaneries dans le midi. Vers 1757, les chartreux en plantent plus de 2000.
 
Les ormeaux : Il ne reste malheureusement aucun des ormeaux plantés par les moines, puisqu’ils furent décimés par la graphiose au 19ème siècle. L’ormeau était considéré comme l’arbre le plus noble et le plus utile : il servait pour fabriquer des charpentes, des meubles, des placages...
 
Les visiteurs de l'été 2008 ont pu admirer les travaux de restauration de l’Allée des mûriers, financés par la DRAC de Languedoc-Roussillon, maître d’ouvrage. Maîtrise d’œuvre : Thierry Algrin, Architecte en chef des Monuments Historiques.

Modernisée et solennisée en 1648, par l’édification du portail monumental dessiné par Royer de la Valfenière, pour servir de nouvelle grande entrée de la clôture, cette allée était depuis une dizaine d'années déjà plantée de mûriers qui furent incorporés à une composition architecturale dont les descriptions restent approximatives. Si le président de Brosses la décrit, en 1740, bordée de « quatre rangs de colonnes et de grands mûriers entremêlés ensemble », l’abbé Soumille, cinq ans plus tard, y voit « douze piliers de chaque côté, et de gros meuriers blancs d’espace en espace, qui forment deux berceaux de verdure ».
Au XIXe siècle, tout est arraché, et remplacé par une série de bâtiments témoignant des privatisations consécutives à la Révolution. La suppression des deux derniers de ces bâtiments fait l’objet de la présente campagne de travaux et permettra de restituer la configuration de l’âge classique, âge d’or de la Chartreuse.
D’intéressantes découvertes archéologiques ont été faites à l’occasion des travaux : toute la complexité de cet espace plusieurs fois remanié se lit désormais dans l’inflexion du mur nord. La destruction de ses appendices XIXe, qui occultaient une juxtaposition de murs parallèles, étroitement chemisés, a mis à jour un massif maçonné planté précisément au point d’inflexion ; ce rustique contrefort retenant les jardins du Prieur cachait un collecteur d’égout à l’étonnante qualité architecturale et dont l’usage et la datation conservent une part d’incertitude.

 Quartiers des convers
Ces travaux de restauration prennent tout leur sens dans la replantation, les 18 et 19 novembre 2008, des dix-huit mûriers manquants (morus alba, d'une taille de 2m50), s'ajoutant aux six sujets rescapés, évocation des deux fois douze pères des deux fondations de la Chartreuse. Son financement, qui a donné lieu à une souscription populaire (Parrainez un mûrier), bénéficie du mécénat de la société BSP et d'un soutien de Botanic.